Il existe, tout de même de grandes caractéristiques chez les espèces troglobies.
C'est le caractère le plus visible des troglobies vrais, qui paraissent blancs ou légèrement rosés. C'est un caractère génétiquement fixé, dans la plupart des cas. Cela signifie que si l'on élève un de ces animaux à la lumière, ils ne retrouveront jamais leur pigmentation et finiront par mourir sous l'effet du soleil.
Cette particularité est liée à l'absence de lumière. Chez certain groupe, on observe une perte de la fonction visuelle avec maintien de la structure anatomique, ou une régression conjointe de la fonction et de l'organe.
Il s'agit de la réduction, chez les Coléoptères, de la deuxième paire d'ailes, qui sert normalement au vol. Le première qui a un rôle de protection et forme les élytres est conservée. D'autres espèces d'insectes ont également perdues leurs ailes.
Dans l’état actuel des connaissances,
la liste faunistique des espèces
épigées et
hypogées recensées dans la réserve naturelle
renferme 184 taxons, sans compter les microorganismes. 21 espèces
sont protégées par une ou plusieurs conventions. La
faune souterraine de la grotte est significative de la province
biospéléologique du Jura, mais aussi des conditions
écologiques particulières observées à
la grotte de Hautecourt, et plus généralement dans
les cavités du Revermont.
Les invertébrés souterrains sont bien connus dans
la réserve. Toutefois, l’inventaire qualitatif n’est
probablement pas exhaustif ; il est irrégulièrement
précisé par des recensements quantitatifs. Les invertébrés
épigés sont probablement moins connus et mériteraient
que l’on fasse des inventaires supplémentaires. Les
vertébrés, quant à eux, sont encore moins bien
connus.
La biocénose souterraine doit
être envisagée comme un ensemble, duquel
on ne saurait privilégier telles ou telles espèces
pour les "protéger" plus que les autres; il est
évident que les espèces
troglobies sont beaucoup plus
typiques du domaine souterrain que les formes
troglophiles ou
trogloxènes,
et qu'elles méritent une attention plus particulière;
mais comme la chaîne alimentaire souterraine est plus simple
qu'en surface - étant réduite aux détritivores,
qui exploitent les résidus végétaux provenant
de la surface, et aux carnivores, qui se nourrissent aux dépens
des précédents - chaque maillon taxonomique de la
biocénose hypogée joue dans cet ensemble un rôle
irremplaçable. C'est donc pour ces raisons que l'on doit
considérer globalement la liste des espèces animales
qui ont été, jusqu'à présent, observées
dans la grotte; cette liste comprend à peu près toute
la faune souterraine du Jura méridional, et c'est à
ce titre "d'échantillon naturel représentatif"
qu'ont été mises en réserve la cavité,
qui l'héberge, et la végétation qui, indirectement,
la nourrit.
La grotte de Hautecourt est un
milieu souterrain non perturbé depuis la
création du laboratoire souterrain en 1962 par l’Equipe
d’Hydrobiologie et Ecologie Souterraine de l’université
Claude Bernard Lyon 1. Depuis la fermeture de la grotte au public,
la diversité spécifique a diminué. Cette
baisse est due à un arrêt de la contamination de
la faune indigène par des espèces apportées
directement de l’extérieur, accrochées aux
vêtements, ou par des espèces attirées par
les déchets involontairement importées lors des
visites (cheveux, pellicules de peau, fils de textile, grains
de pollen, …). Cette diminution salutaire de la diversité
faunistique a eu pour conséquence une baisse de la compétition
entre les espèces. De ce fait, les espèces strictement
troglobies ont pu coloniser l’habitat souterrain sans plus
être dérangées par les espèces opportunistes.
Ainsi, la biocénose hypogée, en ce qui concerne
les invertébrés est très spécialisée
mais peu diversifiée.
Quelques organismes remarquables…
Les animaux troglobies les plus fréquents qu'a signalés Ginet (1965), Royerella villardi, Plusiocampa sollaudi
et Trichoniscoïdes mixtus, ainsi que le collembole
Pseudosinella vandeli forment l'association cavernicole type
du Jura que Sollaud a décrite en 1936. Il faut leur ajouter
Tomocerus unidentatus, Arrhopalites pygmaeus,
Plusiocampa bourgoini, Lepthyphantes pallidus
et Centromerus sp. qui appartiennent à la biocénose
terrestre.
De nombreux microorganismes (microflore et la
microfaune) sont présents dans l'argile de la grotte. L’étude
de la microflore est due à Gounot (1967) ;
cet auteur a montré l'existence de bactéries, en
quantité moins importante mais de même nature que
dans les sols superficiels (de 10 à 250 millions par gramme
de limon sec : Bacillus, Azotobacter ; Clostridium
Arthrobacter, Pseudomonas, Flaviobacterium) et de champignons
Actinomycètes (quelques millions par gramme sec d’argile).
Cette activité biologique des argiles est importante puisqu’elle
libère des acides aminés et des vitamines exploités
ensuite par la macrofaune. L’étude de la microfaune,
réalisé par Michaux (1969), a montré la présence
abondante de Flagellés et de Ciliés vivant dans
toute la masse de ce minéral. Ces microorganismes sont
remarquables car ils jouent un rôle indispensable dans l'équilibre
biocénotique général. Il importe donc que
toute modification et toute dégradation soient évitées
au sol de la cavité lui-même si l'on veut en préserver
le fonctionnement écologique global et normal.
Plusieurs années après le classement en réserve
naturelle, le coléoptère « ultra-cavernicole » :
Trichaphaenops cerdonicus est enfin
apparu ! (Seul Coléoptère terrestre Trechinae
du Jura méridional) lien vers la fiche Cette espèce
est endémique du Jura méridional.
Le cas du Crustacé Amphipode aquatique Niphargus
rhenorhodanensis, tend lui aussi
à faire considérer la grotte de Hautecourt –
en la période actuelle - comme une entité et non
pas comme un "regard" sur le milieu hypogé. En
effet, sa présence est exceptionnelle dans les cavités
du Revermont, le domaine des calcaires perméables en grand
représentant plutôt le biotope de N. virei
(Ginet, 1970). D'ailleurs, à quelques kilomètres
de Hautecourt, dans le même anticlinal, N. virei
se rencontre sur le flanc W à la source de la Dhuys, sur
le flanc E dans le tunnel ferroviaire de Cize. La grotte de Hautecourt
apparaît bien, actuellement, isolée du karst environnant.
Le diptère aptère Niphadobata alpina
caractéristique des entrées de grottes froides a
récemment été capturé dans le porche.
Ce genre n'a été rencontré dans le Jura que
dans deux entrées de grottes : Hautecourt et le Puits de
Rappe, c’est pourquoi sa présence renforce l’intérêt
de la réserve naturelle.
En conclusion, la grotte de Hautecourt représente le type
des cavités du Revermont, qui sont pour la plupart bien ouvertes
sur le milieu extérieur et riches en espèces cavernicoles
et endogées ; mais elle offre quelques particularités
écologiques intéressantes : son isolement au sein
du massif karstique n'a pas affecté la composition de sa
biocénose (par comparaison avec les grottes voisines) qui
est donc relativement stable ; ses rapports avec le milieu épigé
retentissant sur l'abondance de la faune troglobie soulignent l'importance
des sources de nourriture pour les écosystèmes hypogés.
Des vidéos de faunes souterraines sont disponibles en cliquant sur les images ci-dessous :
(films réalisés par Michel C. des Châtelliers en 1991 à l'Institut de Limnologie de Mondsee, Autriche, dans le laboratoire du professeur Dan Danielopol).
Proasellus slavus (stygobie) et Proasellus meridianus (épigé)
__________
Mollusques ---------------------------------------Niphargus sp.
__----------___
Asellus aquaticus ------------------------------ -------Ostracodes
---(anophtalme et dépigmenté)

Profusion de vie